En Irak d’autres minorités religieuses continuent à disparaître en silence

En Irak d’autres minorités religieuses continuent à disparaître en silence

TRIBUNE – Par Faraj Benoît Camurat, président de Fraternité en Irak

Les terribles persécutions de Daech ont fait connaître au monde entier l’existence jusque-là discrète des yézidis. Pourtant, plus d’un an après la prise de la plaine de Ninive deux autres minorités irakiennes disparaissent en silence : les kakaïs et les mandéens. À la veille de la conférence internationale sur le sort des minorités du Proche Orient, il est urgent de rappeler leur sort et de demander la mise en place d’un plan d’action spécifique pour ces minorités. Les kakaïs derniers héritiers de la religion manichéenne, ont fuit comme les chrétiens et les yézidis lorsque Daech a pris leurs villages dans le district de Wardak, non loin de Qaraqosh. De même, au sud de Kirkouk, plus de 300 familles kakaïs ont du abandonner leurs maisons dans la panique.

Aujourd’hui environ 21 000 kakaïs sont réfugiés à Erbil, Kirkouk et Suleymania : soit presque 20 % de l’ensemble de cette communauté. Leur nombre réduit, le secret de leur religion et le fait que soit inscrit sur leur carte d’identité le mot « musulman », n’aide pas à les faire connaître. Pour éviter les persécutions les kakaïs ont appris au fil des siècles à se camoufler. Hélas face à Daech cela n’a pas suffi. Le mausolée de Sayed Hayas, véritable saint sépulcre de la religion kakaïs, a ainsi été détruit avec deux autres lieux saints. Les mandéens quant à eux sont dans une situation qui semble plus préoccupante encore. Ils n’ont pas été des victimes directes de Daesh et pourtant la psychose provoquée par les djihadistes a accru leur dispersion hors d’Irak.

Nécessité de zones sûres

A Kirkouk par exemple où une communauté de mandéens s’était développée depuis 2003, près de la moitié a fui en an. Le « prêtre » mandéen de Kirkouk est parti lui aussi et depuis un an ceux qui restent ne peuvent plus pratiquer leur rituel du baptême. Disciples de Saint Jean-Baptiste, lisant le Kenza Rabba, un livre sacré écrit en araméen primitif : les mandéens qui étaient 45 000 en 2003 seraient maintenant moins de 5 500 à vivre encore en Irak. mandéens et kakaïs ont deux points communs qui accélèrent leur disparition : ils ne peuvent se marier qu’entre eux et sont organisés avec un système de castes. Face à cette spécificité il est important que ces communautés bénéficient de zones sûres leur permettant de se regrouper.

Ainsi les kakaïs appellent à la libération urgente de leurs villages autour de Wardak et à la création d’une zone protégée incluant les villages chrétiens de la plaine de Ninive. Pour survivre au défi posé par Daesh ces communautés ont besoin de deux choses : un écosystème et des structures internes en mesure d’agir. Depuis 2011 j’observe l’écosystème créé par les chrétiens, les yézidis, les kakaïs et les mandéens pour s’entraider. Les plus nombreux ont pris l’habitude d’aider gratuitement les plus fragiles. Une semaine après la fuite de la plaine de Ninive, l’archevêque de Mossoul offrait, par exemple, aux réfugiés kakaïs de s’installer dans le même camp que lui, monté à la hâte dans le jardin d’une église d’Erbil.

En fonction des régions il faut donner les moyens aux chrétiens et aux yézidis de venir en aide matériellement aux mandéens et aux kakaïs. Fragilisées par leur condition de réfugié ces communautés ont besoin que leurs structures internes soient soutenues. Cela implique que les responsables de ces communautés aient des moyens matériels pour subvenir aux besoins de leurs populations déplacées. Sans une action urgente et ciblée, nous risquons de voir les kakaïs et les mandéens disparaître de notre vivant.

Tribune initialement parue sur le site du Monde le 7 septembre 2015

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