Faraj Benoit Camurat : « Sans déminage, il n’y a pas de reconstruction possible »

Faraj Benoit Camurat : « Sans déminage, il n’y a pas de reconstruction possible »

Faraj INTERVIEW - Plusieurs ONG, dont Fraternité en Irak, préparent déjà  l’après-guerre contre Daech et le retour des populations civiles. Le Point a  interviewé Faraj Benoît Camurat, président de Fraternité en Irak, au sujet  de la vaste opération de déminage qui a été lancée à la demande du  Patriarche Sako.

 (Article publié le 10 septembre 2016 dans Le Point)

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Le Point.fr : La guerre contre Daech n’en est qu’à ses débuts. Elle sera longue. Et pourtant, vous venez de lancer un programme de formation de civils irakiens au déminage. Pourquoi ?
Faraj Benoît Camurat : Il est impossible d’avoir une idée précise du calendrier militaire. Nous ne maîtrisons évidemment pas ces informations. D’autant qu’au-delà des aspects concrets de la guerre, il y a beaucoup d’incertitudes politiques sur « l’après » et sur le contrôle de telle ou telle zone. Ce qui est sûr en revanche, c’est que Daech a consciencieusement miné tous les villages et toutes les zones qu’il contrôle depuis plus de deux ans. Des milliers de bâtiments, de ponts, de routes, de champs ont été piégés. Sur le terrain, les militaires font une partie du travail, mais ils ont une priorité : faciliter leur progression. Ils ne déminent donc pas en détail les villages et les zones libérées. Or, les djihadistes ont adopté une politique de la terre brûlée : quand ils quittent un endroit, ils le minent. À la fois pour ralentir la progression de leurs ennemis et surtout pour faire le plus de dégâts possible sur les populations civiles. Certains villages de 500 habitants comptent 1 500 objets explosifs. Certaines mines sont actionnées à distance. Des explosifs sont aussi placés aléatoirement dans le sol ou dans des objets du quotidien.

Comment avez-vous pris la mesure de ce phénomène ?
Dans les premiers villages libérés, il y a eu fréquemment des accidents. Depuis le printemps, douze personnes sont mortes à cause de ces mines alors qu’elles venaient récupérer leurs affaires ou voir dans quel état étaient leurs maisons. En envoyant des volontaires auprès des réfugiés que nous accompagnons depuis plusieurs années, nous avons constaté qu’en plus de la reconstruction d’écoles, d’hôpitaux, et bien sûr d’habitations, il fallait d’urgence sécuriser les villages repris à Daech. Or, cela prend très longtemps de former sérieusement des démineurs. Il faut environ trois mois de formation. Puis, c’est un travail lent qui commence. Cela peut prendre six mois pour sécuriser un village. Sans déminage, il n’y a pas de reconstruction possible et pas d’avenir possible pour les civils dans les zones libérées. Les habitants ne peuvent pas rentrer chez eux et se réinstaller. C’est une attente insupportable pour ces personnes qui ont déjà passé des années dans des camps ou dans des refuges de fortune dans des conditions très rudes.

Cela suffira-t-il pour encourager le retour des réfugiés, dont beaucoup ont déjà fait le choix de l’exil définitif ?
Beaucoup ont, certes, déjà tourné la page et ne reviendront pas. Mais, avec les premières défaites de Daech, nous sentons un changement d’état d’esprit chez beaucoup de réfugiés, notamment chez ceux qui vivent dans des conditions particulièrement difficiles. Ils veulent rentrer chez eux, reconstruire une vie sans Daech. C’est notre devoir de les aider à se réinstaller.

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