Dans les villages chrétiens, avec les démineurs contre la folie de Daech

Dans les villages chrétiens, avec les démineurs contre la folie de Daech

by Fraternité en Irak Actualité Chrétien d'Orient Déminage Reconstruction

REPORTAGE – Alors que l’opération de déminage lancée par Fraternité en Irak dans la plaine de Ninive est bien avancée dans les villages kakaïs, les démineurs de MAG ont commencé à travailler dans trois villes chrétiennes. Fraternité en Irak vous raconte leur quotidien extraordinaire.

Dans une rue déserte d’une ville chrétienne du nord de la plaine de Ninive, libérée de Daech il y quelques mois mais encore entièrement vide, une simple maison révèle une très mauvaise surprise. Derrière la porte d’entrée, au fond d’un long patio, les démineurs découvrent une douzaine de bonbonnes de gaz affublées d’un étrange bec. Des coulures noires indiquent qu’elles fuient. Dans de cette habitation autrefois chaleureuse, Daech a abandonné une arme mortelle : les bonbonnes sont remplies de gaz moutarde et de chlore. « Les djihadistes avaient installé ici un atelier de fabrication d’armes chimiques, explique l’un des démineurs. La coulure noire qui dépasse de ces obus artisanaux provient du goudron avec lequel les terroristes mélangent les agents chimiques ». Et en ce mois de mai, la chaleur rend les composants chimiques plus instables, ce qui augmente le risque de dispersion des gaz…

Des bonbonnes remplies de gaz chimique dans un ancien atelier de fabrication de Daech – © Fraternité en Irak

L’extérieur de la maison transformée par les djihadistes en atelier d’armes chimiques – © Fraternité en Irak

Contre Daech, une guerre à retardement

Grâce au travail des démineurs professionnels de MAG, ces substances n’empoisonneront pas les habitants de la ruelle qui voudraient rentrer chez eux. En attendant que les armes chimiques soient nettoyées, ils ont installé un périmètre de sécurité et tagué le mur de la maison pour prévenir du danger qu’elle recèle. Le Père Salar qui dirige le comité local de la reconstruction de la ville et accompagne ce jour-là les démineurs nous fait part de sa tristesse devant cette découverte : « la ville a été libérée et pourtant, nous sommes obligés de lutter encore contre Daech. C’est une guerre contre les mines et les engins de mort. »

Le P. Salar avec l’un des membres de Fraternité en Irak. À côté d’eux, les piquets signalent une mine désamorcée. © Fraternité en Irak

Dans ce combat où l’ennemi est invisible, les démineurs prêtent une attention particulière aux réseaux d’eau et d’électricité de la ville. Si ceux-ci ne sont pas sécurisés, le retour des habitants est impossible. Les djihadistes l’ont d’ailleurs bien compris et semblent avoir miné particulièrement ces endroits stratégiques. Ainsi pour la station de pompage de l’eau, au milieu des hautes herbes, à quelques centaines de mètres de la ville. L’endroit ne paye pas de mine, mais il alimente les deux villages voisins. Ici, le piège laissé par Daech est double : des jerricans enterrés sur le chemin de la station contenant une charge explosive très puissante capable de détruire une voiture et un dispositif visant à piéger des démineurs peu expérimentés qui auraient voulu les désamorcer. Pour être certains que leur piège fonctionnerait, les terroristes l’avaient équipé de quatre batteries… Entraînés et méthodiques, les professionnels de MAG réussissent à neutraliser le dispositif, sauvant une fois encore de nombreuses vies.

La station de pompage d’eau alimentant deux villages voisins © Fraternité en Irak

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Un piège à double détente désamorcé – © Fraternité en Irak

À quelques centaines de mètres de là, c’est la ligne électrique qu’il faut réparer car les combats l’ont endommagée. Là encore, ce serait impossible sans les démineurs : les pylônes se trouvent au milieu d’un champ de mines…

Une voiture piégée au milieu du village

Mais ce n’est pas tout : le Père Salar signale une voiture piégée abandonnée dans un village voisin. Nous nous rendons sur place avec l’équipe de démineurs. Dans ce village lui aussi vidé de ses habitants, le spectacle d’une carcasse calcinée et déjà rouillée rappelle la violence des combats qui se sont déroulés ici. Le véhicule a été ciblé par une frappe mais la charge explosive située dans le coffre n’a pas explosé malgré la violence du choc. Plusieurs centaines de kilos d’explosifs sont toujours là, dans leurs cylindres de métal. Le jour même, les démineurs auront désamorcé cette voiture évitant un drame si celle-ci avait explosé si proche des maisons.

Dans le coffre de la voiture calcinée, des barils d’explosif. © Fraternité en Irak

Déminer pour cultiver à nouveau

Après les infrastructures stratégiques que sont l’eau et l’électricité, les démineurs vont « nettoyer » les champs. Ces trois villages chrétiens vivaient en effet de l’agriculture : sans labours ni semailles, pas de récoltes… Le déminage des champs est donc indispensable pour que les habitants puissent reprendre leur vie, sur leur terre. « Même avec ces mines, Daech ne parviendra pas à empêcher le retour des chrétiens de la plaine de Ninive », s’exclame le Père Salar.

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Des mines au milieu des champs de blé… © Fraternité en Irak

Les démineurs poursuivent leur patient travail. © Fraternité en Irak

Grâce au courage des équipes de MAG et à leur professionnalisme, ce sont trois villages chrétiens du nord de la plaine de Ninive qui vont bientôt pouvoir revivre. Fraternité en Irak s’est engagée dans le chantier de long terme qu’est le déminage de la plaine de Ninive !

Pour cela nous avons besoin de votre soutien : après une première tranche de 150 000 euros financée grâce à vos dons, Fraternité en Irak recherche désormais 90 000 euros pour élargir son action sur cette zone. Nous comptons sur vous !