Des trésors sauvés des gravats

Des trésors sauvés des gravats

by Fraternité en Irak Actualité Art et Culture Chrétien d'Orient Mar Behnam Qaraqosh Reconstruction Yézidis

PATRIMOINE – Depuis que Fraternité en Irak a lancé le chantier de la reconstruction du sanctuaire de Mar Behnam, missionné par l’évêque de Qaraqosh, les ouvriers n’ont pas chômé ! Et leur travail a payé puisque du tri des gravats ont émergé de véritables trésors patrimoniaux. Récit.

Deux tentes qui se déplacent lentement sur un immense tas de gravats. Morceau par morceau, avec pelles, pioches et surtout leurs mains, une dizaine d’ouvriers trient tout ce qui a pu être enlevé des décombres du mausolée de Mar Behnam. Voilà le tableau de ce qu’a été Mar Behnam durant plusieurs semaines, pendant l’opération de triage des décombres qui répond à deux nécessités : la question patrimoniale bien sûr, mais aussi la réutilisation de tout ce qui pouvait l’être dans la reconstruction du futur bâtiment. Ainsi, des éléments structurels ont été retrouvés, principalement des briques anciennes.

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Des richesses incroyables

Le bâtiment, à l’origine appelé la citerne, à moitié enterré dans la colline de tell el Khidhr, mausolée contenant les restes des saints Behnam et Sarah, comportait un certain nombre d’éléments intéressants : plaques sculptées à but votif, prières en diverses langues, quelquefois agrémentées de décors géométriques simples.

La documentation disponible montrait également la présence de ce que les arméniens appellent un khatchkar, plaque sculptée d’une croix et abondamment décorée d’entrelacs et éléments végétaux. Le pied de la croix, prolongé en feuilles de vignes, semble symboliquement servir de point de départ d’une riche végétation, selon la traditionnelle symbolique arménienne. Une prière en vieil arménien la complétait.

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Ouvrage principal, la niche comprenant la tombe des saints restait elle dans un état relativement bon, hormis la petite croix centrale qui avait dû être burinée avant même l’explosion de la coupole.

A l’enlèvement des gravats, l’équipe de Fraternité en Irak a pu réaliser que la plaque oblique qui servait de couvercle à l’emplacement de la tombe avait complètement disparu, laissant apparaître un caisson en pierre d’un seul tenant dont le contenu a été mis en sécurité. La quasi totalité des emplacements des diverses plaques sculptées se trouvaient vides. Quelques-unes de ces plaques ont été retrouvées dans la première phase de dégagement du bâtiment, mais un grand nombre d’éléments manquaient à l’appel, laissant craindre le pire.

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Un tri méthodique, sous l’œil vigilant de l’archéologue…

Trier les gravats, c’est filtrer quelques 600m3 de terre, briques anciennes plus ou moins abîmées, ou encore liaisonnées au mortier, briques modernes et béton armé liés au recouvrement de la coupole ancienne dans les années 1980. C’est mettre de côté sous l’œil vigilant de l’archéologue, constamment sur place, les éléments qui pourraient avoir un intérêt. C’est, à l’aide d’une petite pioche, séparer les briques et les nettoyer du mortier résiduel pour ensuite les stocker en différentes piles selon leur état.

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Cela aura surtout été presque 4 semaines de travail pour une dizaine d’ouvriers, convoyés depuis Qaraqosh chaque matin six jours par semaine pour un travail harassant sous une chaleur atteignant quelquefois les 48°C. Une occasion également d’intégrer les habitants à la reconstruction, et de leur donner un peu de travail, tout simplement.

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Ces quelques semaines de dur labeur ont été une suite de bonnes surprises : la plupart des éléments à retrouver l’ont été, quelquefois en un seul morceau, comme la croix arménienne, pour d’autres cas en deux ou trois parties, parfois malheureusement vraiment brisés. Rien ne semble définitivement perdu, sinon quelques surfaces burinées, comme des croix.

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Des résultats encourageant pour la reconstruction

Briques et plaques font partie des matériaux de base de la reconstruction qui commence. Les éléments décoratifs devront faire l’objet d’un soin particulier, avec notamment l’intervention de restaurateurs de pierre professionnels qui devront former les travailleurs locaux dans une forme de chantier école. Pour l’instant, ces éléments de haute valeur patrimoniale sont enfermés en lieu sûr pour éviter tout pillage.

Tout ce travail est plein de promesses engageantes pour la reconstruction en elle-même. Un représentant du Ministère de la culture en charge de la préservation du patrimoine est venu faire une visite des opérations de fouille. Il a à la fin de sa visite salué le professionnalisme de l’équipe chargée du filtrage archéologique des déblais. Nous espérons que ce projet qui est le premier chantier de restauration du patrimoine irakien détruit par Daech inspirera d’autres projets comparables autour de Mossoul !

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Pour continuer ce chantier dans des bonnes conditions, nous avons besoin de vous ! Aidez-nous à redonner vie à ce lieu patrimonial unique en Irak !