Cinq mois dans les geôles de l’État islamique

Cinq mois dans les geôles de l’État islamique

TÉMOIGNAGE - Il y a quelques semaines, les membres de Fraternité en Irak ont rencontré une femme yézidie qui a passé plusieurs mois entre les mains de Daech avec des milliers d’autres membres de la communauté yézidie.

Rama (le prénom a été modifié) porte un grand châle blanc qui couvre ses cheveux gris, ses traits sont tirés et des cernes creusent son visage. Assis à côté d’elle, son petit-fils, qui doit avoir six ans. C’est grâce à ce petit garçon que la vieille femme, lui et l’un de ses frères sont libres aujourd’hui après avoir passé cinq mois entre les mains de Daech. Il a attrapé la gale – son visage en est encore marqué – et les djihadistes qui craignaient une épidémie parmi les milliers de prisonniers les ont relâchés.

Rama, son petit-fils et d’autres réfugiés yézidis – © Fraternité en Irak

Petit-à-petit, Rama raconte l’horreur qu’elle a traversée depuis le 6 août. Ce jour-là les hommes de l’État islamique se sont emparés du village de Tell Kassab, dans la région de Sinjar, où vivait toute sa famille. Elle a été enlevée avec des milliers d’autres. Le groupe de prisonniers a d’abord été transporté à Mossoul, puis de villes en villes jusqu’à Tell Afar, plus à l’ouest. « Nous étions transportés d’un endroit à un autre, parfois dans une école, parfois dans une grande pièce, ou un hangar », se souvient-elle.

À Tell Afar, où elle est restée plusieurs mois avant d’être relachée, « les hommes ont été assassinés en masse et beaucoup de jeunes femmes ont été vendues et envoyées à Raqqa, en Syrie », témoigne-t-elle. Selon elle, les femmes sont vendues environ 150 dollars. Beaucoup de personnes âgées n’ont pas supporté les conditions de détention et sont décédées.

 

Le chef du village où Rama s’est réfugiée allume une bougie dans le temple yézidi – © Fraternité en Irak

« Nous savions que si nous faisions le moindre rite yézidi, nous serions immédiatement tués », estime la vieille femme. Daech a emmené des femmes à la mosquée afin qu’elles récitent la chahadah et se convertissent. La plupart des femmes ont dit qu’elles ne la savaient pas. Quelques unes, par peur, ont récité, les mots, d’autres se sont tues, d’autres enfin, qui ont refusé clairement, ont été tuées. Rama raconte que durant la détention l’apprentissage du Coran était obligatoire.

À Tell Afar, elle décrit un genre de camp avec des caravanes. Elle est persuadée que les prisonniers yézidis sont utilisés par Daech comme boucliers humains, afin d’éviter de subir des frappes aériennes. Il a fallu que l’un de ses deux petits-fils soit touché par la gale pour qu’elle soit relâchée, après cinq mois de captivité. « Six personnes de ma famille sont encore là-bas », souffle-t-elle.

cone-temple-yezidi-fevrier-2015Elle a trouvé refuge dans un village yézidi du nord de l’Irak, dans la région d’Alqosh. 700 familles yézidie y sont arrivées depuis l’offensive de Daech dans la région. Dans la pièce sans fenêtre de la modeste maison où vivent quatre familles, soit environ quarante personnes, se trouve aussi Amir (le prénom a été modifié), un jeune homme qui s’occupe des plus petits. En août, lorsque Daech est arrivé, il s’est enfui vers le mont Sinjar où il est resté sept jours, par cinquante degré, sans rien. Il a perdu toute sa famille dans la fuite. Il ne reste plus que lui.

Tous les yézidis réfugiés dans cette maison ont perdu certains de leur proches – © Fraternité en Irak

Le village semble relativement vide. « On nous a dit que quelques femmes avaient réussi à s’échapper et étaient dans un camp dans la vallée, nous explique-t-on. Quand cela arrive, toutes les familles vont voir les rescapés pour demander des nouvelles de leurs proches ». Pour savoir surtout s’ils sont encore en vie, comprendra-t-on plus tard.

 

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