A Kirkouk, la force des liens entre réfugiés

A Kirkouk, la force des liens entre réfugiés

by Fraternité en Irak Actualité Kirkouk Vie quotidienne

RENCONTRES – A Kirkouk, 14 familles chrétiennes sont réfugiées dans l’école de l’église assyrienne Mar Georgis. Elles vivent là depuis l’exode, tant bien que mal. Les équipes de volontaires de Fraternité en Irak leur rendent visite régulièrement lors de leurs passages dans la ville. Portraits croisés de ces personnes qui ont tout perdu, mais qui tiennent malgré le temps et les épreuves, grâce à la solidarité des communautés qui les entourent.

Originaires de différentes villes de la plaine de Ninive, ces familles chassées de chez elles sont venues jusqu’à Kirkouk pour s’abriter et retrouver un semblant de vie normale. La plupart ont choisi Kirkouk car elles y avaient déjà des attaches familiales et ont évité Erbil, qui a accueilli le plus gros flux de réfugiés. Ainsi, John, un ancien gardien d’église à Qaraqosh, s’est rendu directement à Kirkouk au moment de l’exode car la sœur de sa femme Maryline y vivait déjà. De même pour Sandi son mari et leur petite fille Mira qui sont originaires de Qaraqosh. Ils sont venus se réfugier ici car le père de Sandi était de Kirkouk.
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Une volontaire de Fraternité en Irak avec Karam et son père Rayd. L’opération à la jambe de Karam s’est bien passée.

Un quotidien entre normalité et longueurs… 

Sandi témoigne de la bonne entente de toutes ces familles réunies dans la difficulté et de l’organisation qui a été mise en place, malgré l’irrégularité du courant électrique et de l’eau courante. A la distribution initiale de lots mensuels de denrées alimentaires a succédé la distribution de bons à dépenser dans certaines boutiques… alcool et cigarettes exceptés !
Le quotidien est plus lourd pour Rayd et Lana, tous deux sans emploi, avec trois enfants à charge, dont deux handicapés. Karam, le plus souriant des trois, a été opéré en Turquie pour une jambe trop courte. L’opération s’est bien passée et les petits sont accueillis à l’école multiconfessionnelle Mariamana, soutenue depuis plusieurs années par Fraternité en Irak. Tenue par l’archevêché, ce dernier aide les familles en difficulté à y placer leurs enfants, malgré le nombre de places limitées et le caractère payant de l’enseignement dispensé… l’école est depuis plusieurs années celle qui détient le plus haut taux de réussite du gouvernorat !

Loubna, qui vit au premier étage du bâtiment, a sa famille en Syrie – à Damas - et en Amérique. Lorsqu’elle a fui Mossoul, toutes ses économies en vue d’obtenir un visa et une nouvelle vie à l’étranger lui ont été prises par Daech. Plusieurs milliers de dollars volés et envolés. Elle travaille désormais à la banque et nous confie que cela lui permet de rendre de petits services à l’Eglise, comme changer des billets déchirés que personne n’accepte plus ! Elle est par ailleurs très touchée par l’action et la présence des Français « parce que vous prenez soin de nous, parce que vous ne nous oubliez pas ! » dit-t-elle aux volontaires.

Un vrai réseau de solidarité

C’est aussi l’avis d’Entisahr qui confie à l’équipe de Fraternité en Irak que même si sa famille est dispersée, ce qui a fait sa joie pour cette fête de Noël est que des Français soient venus la partager avec elle. Retournée à Qaraqosh récemment, elle a constatée avec tristesse que la maison de ses parents avait été détruite. La sienne a « seulement » été pillée. Les portes sont brisées, tout ce qui reste gît à terre, en débris dans la poussière. Elle a toutefois pu sauver quelques photos de famille qui sont désormais accrochées au mur de la pièce unique dans laquelle elle vit. Revenir à Qaraqosh ? Peut-être un jour. Mais tant que Mossoul n’est pas libérée définitivement, tant que la sécurité des minorités chrétiennes n’est pas assurée dans la zone, il reste difficile de s’engager, surtout lorsque l’on a vécu l’exode et que l’on a une famille…

Sa famille est arrivée ici, à Kirkouk, car au moment de l’exode, il n’y avait pas de place à Erbil… Ils ont donc continué la route. Grâce au travail de son mari, qui enseigne dans une école primaire, ils disposent d’un petit revenu leur permettant de faire vivre leurs trois enfants, Juliane, Hazra et Youssef. Le dernier a un problème de croissance qui complique certains actes quotidiens, mais le réseau de solidarité qui s’est créé entre les familles de cette petite école devenue refuge les aide à surmonter cette difficulté.

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Entishar et sa famille, tout sourires !

Hadiba, arménienne catholique assez âgée, sans mari ni enfants, bénéficie elle aussi de la solidarité de ces familles réunies par une guerre qu’ils n’ont pas voulue. Les enfants du frère d’Hadiba sont en Turquie. A Kirkouk, pas de parents proches. Mais la force de la communauté lui permet de ne pas être esseulée. Pas évident pour elle de se déplacer jusqu’à l’église, ses jambes faibles et malades ne lui en donnant pas la force. Mais devant la pièce qui lui sert désormais de foyer, proche des autres familles, le voisinage lui rend visite et le quotidien est moins dur, la longue attente de meilleures nouvelles de sa terre d’origine plus facile à apprivoiser.

Un avenir entre espérance et incertitude

Mehrna et Sabah, originaires de Bartella, espèrent un jour pouvoir quitter l’Irak et vivre en paix ailleurs, avec leurs deux petites filles. Sabah ne travaille pas, Mehrna étudie le droit. En deuxième année, elle est confiante. Les deux ne se considèrent pas les plus en détresse, mais n’envisagent pas leur vie future en Irak. La volonté d’assurer un avenir stable à leurs enfants prime. La vie sera peut-être plus dure, plus compliquée pour eux dans un pays qui n’est pas le leur, mais pour leurs enfants, ils sont prêts à ce sacrifice.

Autre porte, autre pièce remplie d’une grande famille : John et Maryline, avec leurs quatre garçons qui vont dans une école publique chrétienne, estiment eux aussi n’être trop malheureux en comparaison de certains. Mais cette année, c’est la troisième fois qu’ils auront célébré Noël loin de chez eux et ils aimeraient, enfin, retrouver leur foyer. C’est le vœu qu’ils formulent pour l’an prochain. A 160 kilomètres de là, la bataille de Mossoul est provisoirement en pause. La rive Est étant à cette date en passe d’être totalement reprise, les troupes attendent et se préparent à l’offensive vers Mossoul-Ouest. Les villages alentours, libérés, attendent eux aussi le retour de leurs habitants d’origine, déchirés entre l’envie de revenir et la crainte de voir la guerre resurgir dans les années qui viennent.

Une autre réfugiée de cette petite communauté, la très fervente Loubna, veut néanmoins rester positive dans l’épreuve : « Même s’ils ont pris nos maisons, ils n’ont pas pris le Christ qui est toujours vainqueur à la fin… nous avons tout gagné ! »
hadiba

Loubna

En attendant la libération complète de la Mossoul et de la plaine de Ninive, Fraternité en Irak continue d’agir pour aider au quotidien les familles déplacées comme celles de Kirkouk !