Les derniers chrétiens quittent Mossoul – Vive inquiétude à Qaraqosh

Les derniers chrétiens quittent Mossoul – Vive inquiétude à Qaraqosh

[Communiqué] – Le point sur la situation à Mossoul et Qaraqosh le 18/07/14 à 21H.

Avertissement : la situation évoluant constamment, merci de bien prendre en compte les dates et heures indiquées dans le communiqué.

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Mercredi 16 juillet, un homme armé est passé à l’évêché syriaque catholique de Mossoul demandant aux notables chrétiens et aux jeunes hommes de se réunir le lendemain, jeudi 17 juillet après-midi, afin de de se voir notifier les règles du nouveau califat islamique mis en place par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) – se faisant désormais appeler État islamique (EI) – qui contrôle la ville depuis le 10 juin dernier. Craignant un piège, les chrétiens ne se sont pas rendus à cette réunion.

L’ultimatum

Dans la nuit du 17 au 18 juillet, nous ne savons pas précisément l’heure, des voitures de l’État islamique on patrouillé dans les quartiers chrétiens diffusant des annonces au haut-parleur. En substance, le message est le suivant. Les chrétiens ont trois possibilités : soient ils se convertissent, soient ils payent l’impôt, soit ils partent avant le 18 juillet à midi sinon ils seront passés égorgés dans leur maison. S’ils partent, leurs biens appartiennent désormais à l’Etat islamique.

lettre envoyée aux chrétiens de Mossoul

Message distribué aux chrétiens de Mossoul le 18 juillet 2014 – © Fraternité en Irak

Dans le même temps, un document portant le logo de l’EIIL a été distribué annonçant les mêmes règles. Ce document précise que si les chrétiens ne s’exécutent pas « il n’y aura plus rien pour eux que l’épée ». De ce que nous avons compris en recoupant plusieurs sources, l’ultimatum fixé sur ce document est un jour plus tard qu’annoncé par haut-parleurs, soit le samedi 19 juillet à 12h.

Par ailleurs, ces derniers jours – depuis la libération des soeurs chaldéennes enlevées à Mossoul, nous dit-on, donc le 15 juillet environ – l’inscription « N », comme « Nazaréens », chrétien, est apparu sur les maisons appartenant à des chrétiens. Selon nos sources, ces maisons étaient vides de leurs habitants. Par ailleurs, les djihadistes occupent l’évêché chaldéens et ont descendu la croix de l’église syriaque orthodoxe Saint Ephrem.

Entre autres privations rapportées par la presse mais que nous ne sommes pas en mesure de confirmer directement, les chrétiens, tout comme les chiites et les yézidis, ont été privés de rations alimentaires distribuées à la population. Les salaires de ceux qui travaillaient dans le secteur public n’ont pas été versés.

Dans le même temps, les frappes aériennes sur Mossoul menées par l’armée irakienne pour déloger les djihadistes se sont intensifiées ces derniers jours.

La fuite

Ces éléments ont déclenché le départ des communautés chrétiennes restées à Mossoul malgré la prise de la ville par les djihadistes. Celles-ci ont pris la route en direction de Qaraqosh, Dohuk ou Erbil. Au check-point de sortie de Mossoul, de nombreuses sources concordantes rapportent que des chrétiens ont été rançonnés. Les hommes de l’Etat islamique leur on pris les ressources avec lesquelles ils avaient quitté leur maison, sachant que ce départ était définitif : or, papiers d’identité, et même voiture. On nous rapporte que dans certains cas que le vol est organisé, des djihadistes hommes fouillant les hommes aux corps pour trouver les biens que les chrétiens auraient cachés, des femmes faisant de même avec les chrétiennes. Certains ont perdu là les économies d’une vie.

C’est donc en taxi ou plus rarement à pied que certains chrétiens ont poursuivi leur route.

À Qaraqosh, ville ou Fraternité en Irak se rend chaque année depuis 2011, les déplacés arrivent de plus en plus nombreux. Environ 50 familles y sont déjà. Ils sont pour l’instant logés avec les moyens du bord dans des locaux de l’Église syriaque ou bien dans des maisons vides de la ville.

L’inquiétude

À Qaraqosh, c’est la « deuxième vague » de réfugiés de Mossoul que l’on accueille, une première vague de déplacés, plus importante encore, étant arrivée entre le 10 et le 12 juin, suite à la prise de contrôle de la ville par l’EIIL. À cela s’ajoute le fait que la ville de Qaraqosh a elle-même été bombardée fin juin. Tous les habitants, y compris les réfugiés de Mossoul, ont fui la ville entre le 26 et le 28 juin, avant d’y revenir quand la situation s’est calmée. Des membres de Fraternité en Irak ont vécu cet épisode douloureux avec eux.

> voir notre récit de ces événements vécus avec les déplacés ici

> voir les photos de ces événements ici, ici et

Il faut imaginer ce qu’a pu être la trajectoire de certains depuis le 10 juin. Quelques familles ont ainsi fui Mossoul le 12 juin pour se réfugier à Qaraqosh. Logées à l’évêché, elles ont préféré rentrer chez elle à Mossoul lorsqu’un obus est tombé à une vingtaine de mètres de la cuisine de l’évêché le 26 juin. Mossoul avait l’air plus calme, les djihadistes ne s’en prenaient alors pas directement aux chrétiens. Ces mêmes familles ont donc fui leur maison aujourd’hui pour la deuxième fois en un mois, cette fois sans espoir d’y revenir.

À Qaraqosh, les nombreux témoignages d’amis que nous avons recueilli font état d’une grande inquiétude. Le sentiment parfois, d’être «les prochains sur la liste». L’avenir est tellement incertain – sécurité, emploi, eau, électricité – que beaucoup souhaitent partir. De nombreux chrétiens se rendent ainsi dans les églises pour obtenir leur certificat de baptême, sésame, pense-t-il, pour le départ à l’étranger.

Purification religieuse

«Le monde vient d’assister, en spectateur, à un épisode grave de purification religieuse : à Mossoul, désormais seuls pourront habiter les Sunnites à la mode de l’Etat Islamique. Menacer de mort les membres des minorités religieuses de Mossoul, dépouiller sans vergogne des familles pauvres sur le chemin de l’exil, ne peut pas laisser l’opinion publique européenne insensible. Les chrétiens et les minorités d’Irak ont besoin aujourd’hui plus que jamais de notre fraternité concrète, estime Faraj Benoît Camurat, président de Fraternité en Irak.

Ce qui se passe à Mossoul aujourd’hui rappelle de trop mauvais souvenirs pour que nous restions sans agir. Il devient urgent que le monde réalise la tragédie qui se joue actuellement en Irak pour des centaines de milliers de familles réfugiées – chiites, chrétiens, mais aussi yézidis, chabaks et membres de petites minorités en voie de disparition. Cette volonté de purifier religieusement la ville de Mossoul, est une menace pour l’avenir du Proche-Orient, une menace pour la stabilité internationale et une menace pour tous les pays qui respectent l’autre quelque soit sa religion.

Ce qui est en jeu maintenant, c’est la possibilité pour de tous les déplacés et, plus généralement, pour les minorités religieuses qui peuplent historiquement cette plaine de Ninive, de vivre dignement dans leur pays. Comment pourraient-ils y rester quand l’endroit où ils vivent et où ils se sont réfugiés manque cruellement d’eau, d’électricité, de médicaments et de logement ? rappelle Faraj Benoît Camurat, président de Fraternité en Irak. Nous faisons appel à votre générosité pour nous aider à aider tous ces déplacés intérieur à rester dans leur pays s’ils le souhaitent.»

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Nous remercions tout ceux, nombreux et souvent inconnus, qui nous envoient des dons et nous soutiennent de diverses façons.

- L’équipe de Fraternité en Irak

 

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