Mgr Felix Daoud : à Zakho, un évêque pour l’avenir

Mgr Felix Daoud : à Zakho, un évêque pour l’avenir

Portrait. À l’occasion d’un bref passage à Paris, l’évêque chaldéen de Zakho, monseigneur Félix Daoud, a partagé un moment convivial avec quelques volontaires de Fraternité en Irak. L’occasion de revenir sur les projets menés dans son diocèse et la situation des chrétiens sur place.

Le diocèse de Mgr Daoud se situe au nord de l’Irak, dans une région montagneuse du Kurdistan, limitrophe à la fois de la Syrie et de la Turquie. En plus de la ville de Zakho (400 000 habitants), il se compose d’une vingtaine de villages ruraux, soit 1 454 familles, regroupant près de 7 000 personnes.

Un diocèse sans évêque depuis 10 ans

Il y a 50 ans, on y comptait 50 000 catholiques chaldéens. Du fait des guerres successives, leur nombre a progressivement diminué, au point qu’avant l’arrivée de Mgr Félix Daoud, Zakho n’est pas restée sans prêtre, mais le diocèse n’avait pas d’évêque attitré – et ce durant près de 10 ans. Depuis son arrivée en 2020, il travaille bénévolement, la situation financière du diocèse étant particulièrement déficitaire : de multiples dépenses de soutien ont été engagées pour les réfugiés et les plus modestes.

Depuis son installation et sa visite canonique dans chacune de ses paroisses, Mgr Félix s’attache à être un instrument de paix, en écoutant les doléances de sa communauté, ainsi qu’en tissant de bonnes relations avec les autres autorités, dans un contexte très complexe, marqué par une dangereuse instabilité politique, des interventions turques meurtrières et des combats frontaliers contre le PKK, les suites de l’épidémie de Covid et son impact sur l’économie, l’évolution des découpages administratifs locaux…

Encourager la jeunesse

Mgr Félix Daoud est bien conscient que la jeunesse constitue l’avenir : son éducation, sa possibilité de s’établir, de se marier et d’accueillir des enfants. Mais l’incertitude, les risques liés aux combats, le fort taux de chômage incitent de nombreux jeunes à partir rejoindre les diasporas. Le risque de disparition des minorités présentes en Irak est bien réel…

Comme les autres jeunes Irakiens, les jeunes de la région – même diplômés – sont confrontés à de nombreuses difficultés économiques, malgré les ressources naturelles présentes sur le territoire. Et l’Eglise doit souvent pallier les manques et défaillances de l’administration locale, qui connaît de sévères difficultés budgétaires, notamment à cause des problèmes politiques en cours à Bagdad.

Malgré ces difficultés, ou plutôt pour y répondre, Mgr Daoud porte de nombreux chantiers tant sur le plan humain que spirituel. La prise en compte de tous les aspects de la vie des habitants l’amène à déployer nombre de projets en parallèle, garantissant ainsi la mise en place d’un cercle vertueux et donc des perspectives pour l’avenir.

Des chantiers pour l’avenir

L’éducation d’abord. Un premier projet de jardin d’enfants vient de se terminer. Le diocèse recherche maintenant le terrain adéquat pour un projet d’école. Ainsi, dès leur plus jeune âge, dans le cadre des écoles chrétiennes, les enfants issus des minorités et des musulmans se côtoient. Les amitiés ainsi tissées améliorent l’harmonie entre les communautés. L’enseignement est aussi dispensé en anglais, afin d’accroitre les chances des jeunes d’intégrer une université.

Le développement économique ensuite. En collaboration avec Fraternité en Irak, le diocèse a récemment contribué au changement des tubes d’adduction d’eau de deux villages, Nav Kandal et Marga Sora, permettant le déploiement de l’activité agricole. A cela s’ajoute le développement de sept commerces en rez-de-chaussée d’un nouvel immeuble à loyers modérés pour favoriser sa rentabilité …et l’accès à des conditions de logement dignes pour tous. En effet, à Zakho, est en train de sortir de terre grâce aux donateurs de Fraternité en Irak et à la détermination de Mgr Daoud, un immeuble dont les loyers seront inférieurs aux prix du marché afin de permettre aux plus modestes de se loger. Et en prévision des hivers rigoureux de la région (25 cm de neige sont tombés l’hiver dernier !), le diocèse et Fraternité en Irak distribuent du fuel pour le chauffage des familles.

Enfin, fidèle à sa vocation de pasteur, Mgr Felix n’omet pas le soutien spirituel de ses fidèles. Ainsi, la première pierre du centre diocésain Saint Pierre Saint Paul a été posée le 29 juin dernier à Deir Abboun. Véritable innovation, ce centre offrira des espaces pour la formation des prêtres, le catéchisme, l’accueil de retraitants ainsi que pour les activités sportives des patronages. Mgr Félix Daoud espère ainsi que tous les villageois des alentours se sentent accueillis.

Monseigneur Felix Daoud
Felix Chebbi Daoud est un évêque qui réveille. A 47 ans, (il est né à Karamless en 1975), il parle couramment le chaldéen, l’arabe, l’anglais et l’italien. D’abord prêtre des communautés catholiques chaldéennes réfugiées aux Etats-Unis, il a ensuite rejoint Rome pour y étudier et décrocher un doctorat en droit canon des Eglises orientales. En juin 2020, il est nommé évêque du diocèse de Zakho. Après une absence de 21 ans, et malgré l’épidémie de Covid, il rentre donc en Irak très ému et motivé, sa longue absence lui ayant beaucoup pesé. Heureux aujourd’hui de partager les difficultés de son pays et de son diocèse qu’il connaît bien – ses petits villages isolés, et les familles chrétiennes qui les habitent, il ne manque pas d’idées pour améliorer leur situation sur place.

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