Un évêque irakien témoigne  des souffrances de son peuple

Un évêque irakien témoigne des souffrances de son peuple

TEMOIGNAGE - Mgr Petros Mouche, archevêque syriaque catholique de Mossoul et Qaraqosh a donné deux conférences avec Fraternité en Irak à Lille et à Angers les 4 et 5 octobre. Compte-rendu.

En introduction de ses conférences organisées par l’association Fraternité en Irak à Lille et à Angers, Mgr Petros Mouché a rappelé l’ancienneté de la présence chrétienne en Irak et plus précisément dans la plaine de Ninive. « Nous, chrétiens d’Irak, vivons sur une terre biblique. C’est la Mésopotamie, le pays d’Abraham, la ville de Ninive, qui s’appelle aujourd’hui Mossoul, et la ville de Babylone. Nos ancêtres sont devenus chrétiens dans les tous premiers temps du christianisme, bien avant vous ! » a-t-il expliqué.

Il est ensuite revenu sur les jours tragiques de l’été 2014 où la plaine de Ninive a été envahie par l’État islamique. « Le 9 juin, les djihadistes sont entrés dans Mossoul sans rencontrer de résistance de la part de l’armée irakienne. Dans la nuit du 9 au 10 juin 2014, beaucoup de chrétiens ainsi que des milliers de musulmans ont quitté la ville dans la précipitation, trouvant refuge dans les villages chrétiens alentours ou dans des camps improvisés en plein air », a-t-il témoigné.

Un public nombreux lors de la conférence à Lille – ©Fraternité en Irak

Dans les semaines qui suivent, les djihadistes n’imposent rien aux habitants de la ville. « Tout allait bien : ni voitures piégées, ni assassinats, ni difficulté de circulation. Plusieurs familles mossouliotes sont même rentrées chez elles, affirme l’évêque. Mais progressivement, les hommes de Daech ont exprimé et déclaré leurs buts réels et leur volonté d’imposer la loi musulmane. »
Le 19 juillet, les non-musulmans sont placés face à un ultimatum : se convertir, payer une taxe ou bien partir, sinon ils seront tués. Tous les chrétiens quittent la ville, laissant derrière eux tous leurs biens.

« Le 6 août 2014, l’État islamique s’est attaqué à la ville de Qaraqosh, la ville chrétienne de la plaine de Ninive dans laquelle se trouve mon évêché, se souvient Mgr Petros Mouché. 3 personnes ont été tuées dans des bombardements. Les habitants ont commencé à fuir la ville. » À minuit, alors que les soldats kurdes défendant la ville abandonnent leur position, l’évêque se résout à partir, « sans rien prendre avec moi : ni chasuble, ni soutane, ni-même ma croix pectorale. J’étais persuadé que nous serions de retour dès le lendemain… »

Un an et demi après, les 120 000 chrétiens de la plaine de Ninive ne sont toujours pas rentrés. « Plus la libération de nos villes est retardée, plus la vie devient dure pour nos fidèles », déplore l’évêque lui aussi en exil à Erbil, dans le Kurdistan irakien.

Pourtant, il insiste sur le fait que tous ont préféré partir plutôt que de se convertir. « Mes diocésains ont donc tout sacrifié pour leur foi et la gloire de Jésus Christ. Et maintenant la question que nous posons : notre exode aura-t-il un fin ? Pourrons-nous rentrer chez nous ? Que trouverons-nous alors ? »

De nombreux chrétiens ont déjà quitté l’Irak à la recherche d’une vie meilleure. Mgr Petros Mouché déplore cette dispersion, tout en en comprenant les raisons. « Nous représentons un tiers des syriaques catholiques dans le monde, si nous nous dispersons, c’est toute cette communauté qui va disparaître, explique-t-il. Si vous ne nous aidez pas à rentrer vite dans nos villages, alors ayez le courage de nous accueillir tous ensemble quelque part afin que nous puissions garder notre culture et notre foi », plaide-t-il.

Il a conclu en demandant à l’assemblée de prier pour ses fidèles, pour leur donner la force de persévérer dans leur foi. « J’en suis sûr, quand nous rentrerons chez nous, nous saurons pardonner à ceux qui nous ont tout pris. »

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