Mar Behnam, plus qu’un sanctuaire, un symbole

Mar Behnam, plus qu’un sanctuaire, un symbole

by Fraternité en Irak Actualité Art et Culture Chrétien d'Orient Mar Behnam Qaraqosh Reconstruction

Pour rejoindre le monastère de Mar Behnam, il faut quitter Mossoul et rouler 35 kilomètres vers le sud est, dans la plaine de Ninive, en empruntant un itinéraire hérissé de check-points. Au bout de la route, Khider, un village de 4000 âmes. Ses collines. Sa mosquée. Ses élevages de poulets. Le sanctuaire de Mar Behnam se  dresse derrière un portail en métal, orné de deux grandes croix dorées. A gauche, en entrant, la coupole d’un mausolée. En face, les briques couleur sable d’un monastère. Ici palpite un haut lieu spirituel irakien.  

CARTE mar behnam copie
Mar Behnam

Mar Behnam

Qui étaient Mar (Saints) Behnam et Sarah à qui l’édifice est consacré ? Deux des saints les plus vénérés d’Irak. La tradition raconte qu’au IVe siècle, Behnam, fils du roi d’Assyrie Sennachérib II se convertit au christianisme, ainsi que sa soeur, Sarah, après une guérison miraculeuse. Fou de rage, leur père les fit assassiner… avant de se faire baptiser à son tour. Et, en signe de repentir, de faire bâtir un mausolée pour ses enfants, sur le lieu de leur exécution. 

Mar Sarah

Mar Sarah

Ainsi commença la conversion de la région. Les arbres, le ciel, les pierres – le mausolée et le monastère actuels sont des rénovations du XIIe siècle- racontent cette histoire de foi et de martyr.  Mais cet endroit n’est pas tout à fait comme les autres. Son signe particulier ? Sacré pour les chrétiens irakiens, qui viennent y prier et demander l’intercession des deux saints, espérant obtenir renouveau et fertilité,  il est aussi cher aux musulmans et aux yézidis, l’une des minorités religieuses d’Irak. Eux s’y rendent en pèlerinage sur les traces d’Al Khidr, le prophète ayant donné son nom au village. Ou plutôt s’y rendaient. Cela, c’était avant Daech.

Car ces lieux reviennent de loin. Mar Behnam aurait pu disparaître, lorsqu’en juin 2014, Daech a pris possession du site. Neuf mois plus tard, le 19 mars 2015, les djihadistes disposaient 19 charges explosives autour du mausolée, faisant sauter le sanctuaire et son dôme. Le monastère attenant n’a pas échappé aux représailles. Les croix ont été retirées, les statues fracassées, les sculptures et inscriptions systématiquement attaquées au burin. Qui pénètre dans l’église constate que les murs portent encore les stigmates de la fureur islamiste..

L'explosion du tombeau de Mar Behnam mise en scène par Daech dans une vidéo publiée par l'organisation terroriste en 2015.

Explosion du mausolée du monastère Mar Behnam en mars 2015 par Daech

En novembre 2016, lorsque Daech est chassé de la région, Mgr Petros Mouche, l’évêque syriaque catholique de Mossoul et Qaraqosh, découvre l’ampleur des dégâts et veut les effacer : « notre priorité c’est bien sûr de reconstruire les maisons détruites, et non les églises ! Mais il y a une exception, c’est Mar Behnam qui est notre lieu de pélerinage le plus cher. » Il missionne  l’ONG Fraternité en Irak pour restaurer le lieu. Un architecte français, membre de l’association, s’y attelle, aidé d’un archéologue irakien.  

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Travaux de restauration du mausolée

Entre juillet 2017 et mai 2018, les tunnels permettant l’accès au site ont été reconstruits, le mausolée et son dôme restaurés. Le bâtiment permettant d’accueillir les pèlerins a été redressé. Avec une philosophie précise : comme pour tout chantier historique, respecter l’esprit et l’authenticité des lieux. Tous les travaux ont été réalisés en suivant les techniques d’origine : briques anciennes et chaux… et en associant la population sunnite du village, notamment pour les travaux de déblaiement.

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Car restaurer Mar Behnam, c’est aussi travailler à restaurer une forme de fraternité religieuse. Si les relations entre chrétiens et musulmans ont parfois été tourmentée, l’intrusion de Daech dans la région a empiré les choses, abîmant durablement les liens. Méfiance et inquiétude sont le murs érigé par Daech séparant désormais les deux communautés. Pourtant l’avenir de l’Irak ne pourra se faire sans réconciliation. En redevenant le lieu multiconfessionnel qu’il a été, dans le passé, Mar Behnam peut, à son niveau, y contribuer. Avant Daech, 500 à 1000 visiteurs défilaient, chaque week-end à Mar Behnam. Il y a quelques semaines, des chrétiens chaldéens de Kirkouk ont à nouveau franchi le portail. Croyants musulmans et yézidis font leur retour progressivement. Petit à petit, le lieu reprend vie…Derrière les vieilles pierres, c’est l’avenir des hommes qui se joue aussi.

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