Fraternité en Irak au Parlement européen

Fraternité en Irak au Parlement européen

Le 4 décembre, quelques membres de Fraternité en Irak étaient au Parlement européen à l’invitation de la délégation du Parlement pour les relations avec l’Irak. L’un d’entre eux a pu témoigner de la situation des réfugiés dans le nord de l’Irak et a rappelé l’urgence de les aider alors que l’hiver arrive.

Lors du déjeuner qui a suivi, les membres de Fraternité en Irak ont pu discuter avec les différents intervenants, humanitaires et politiques Européens et Irakiens. Ils ont notamment pu s’entretenir avec le vice président du Parlement irakien.

Voici le discours prononcé au Parlement européen par Vincent :

 » Je représente aujourd’hui une petite association, Fraternité en Irak, et je suis venu avec deux autres membres de l’association, ici à ma droite. Nous vous remercions de nous accueillir dans cette enceinte et de nous permettre d’apporter notre modeste contribution sur cette question délicate du sort des déplacés en Irak.

Je souhaiterais d’abord vous présenter en quelques mots notre association Fraternité en Irak avant de vous dire ce que nous avons pu voir en Irak, notamment depuis juin de cette année. J’étais moi-même là bas il y a un mois.

Notre association est née il y a 4 ans, après un épisode particulièrement dramatique.
Le 31 octobre 2010, des hommes armés s’introduisaient dans l’église Sayidat-al-Najat, cathédrale syriaque catholique de Bagdad, et tuaient 58 personnes, en majorité des femmes et des enfants. Le monde et l’Europe découvraient alors avec horreur les persécutions quotidiennes dont font l’objet les différentes minorités irakiennes depuis 2003 : meurtres, kidnapping, racket, etc.
Cet évènement a été à l’origine de la création de notre association : quelques jeunes se sont demandés « que pouvons-nous faire pour les minorités en Irak ? ». Nous avons été mis en contact avec l’évêque de Kirkouk, Mgr Louis-Raphael Sako qui nous a répondu : « si vous voulez faire quelque chose, venez nous voir ».

Depuis 2011, nous allons donc chaque année en Irak, à Kirkouk et dans la plaine de Ninive autour de Mossoul. Notre objectif est d’aider les différentes minorités à vivre ensemble. Dans ce but, nous avons initié sur place un certain nombre de projets :
Financer une école et une crèche multiconfessionnelles à Kirkouk
Apporter des médicaments pour différentes minorités
• Mettre en place des installations de jeu pour les enfants des familles déplacées dans le nord de l’Irak
• Financer des équipements médicaux pour l’hôpital de Qaraqosh (cabinet de dentiste…)
• …

Mais nous avons surtout passé du temps avec ces familles, dont beaucoup avaient déjà quitté leurs villes d’origine : les uns habitaient à Bagdad, d’autres à Bassorah, d’autres encore Mossoul ou ailleurs. Ils s’étaient tous réfugiés dans la plaine de Ninive pour y trouver une sécurité relative.
Nous avons pu constater à l’occasion de nos voyages là-bas que le gouvernement irakien avait mis en œuvre des moyens importants pour garantir la sécurité de tous les citoyens.

En 4 ans, environ une cinquantaine de membres de notre association sont allés sur place, et ont passé du temps là bas.
Nous sommes une petite association : nous n’avons aucun permanent, nous sommes tous étudiants ou employés à temps plein en entreprise. Moi-même avec mes 35 ans, je fais figure de vieillard.
Nous ne prétendons pas être comparables à de grosses ONG, dotées de moyens bien plus significatifs que les nôtres. Chez nous, chacun paie son billet d’avion et assume les frais de son séjour.
En revanche, notre petite taille nous permet d’avoir une réelle proximité avec ces personnes que nous retrouvons chaque année depuis 2011.

La prise de Mossoul en juin de cette année nous a obligé à revoir notre action dans ce pays.
Nous avions prévu d’y aller en août comme chaque année : lorsque nous sommes arrivés à Erbil, les déplacés de Mossoul et de la plaine de Ninive venaient d’y arriver également. Dans le chaos indescriptible des réfugiés éparpillés un peu partout dans la ville, nous nous sommes installés avec eux, dormant dans la rue et partageant leurs conditions de vie pendant 15 jours.
Nous avons pu constater que l’organisation Daech ne fait pas de distinction dans ses victimes, même si certaines populations, comme les chiites et les yezidis, font l’objet de traitements particulièrement cruels. Yezidis, Shabaks, Kakaïs, Mandéens, Chrétiens… mais également Sunnites : les camps que nous avons visités sont peuplés de tous ces visages irakiens.

Et je peux confirmer le propos de Mme Green: les Yezidis sont, parmi toutes les minorités réncontrées, celle dont la situation est la plus dramatique.

Face à l’urgence, nous avons modifié notre action. Nous y allons désormais presque tous les mois pour :
Donner un toit aux déplacés avant l’hiver : c’est le cœur de notre action depuis août, et cela passe par différents moyens déployés en lien étroit avec les responsables des camps ;
Apporter des médicaments, plus particulièrement à la clinique Habib ElMaleh et à deux dispensaires ;
• Nous avons également financé des sanitaires (douches et toilettes) dans les camps de tentes
• Dernièrement, nous y sommes allés pour équiper les enfants des camps de manteaux chauds pour l’hiver

Ce que nous avons vu là-bas est à la fois réconfortant et inquiétant.
Réconfortant de voir des personnes qui ne meurent pas de faim, dont la situation s’améliore un peu plus chaque jour : les tentes sont remplacées petit à petit par des logements plus solides et plus adaptés. Les organisations internationales, avec le Haut Commissariat aux Réfugiés en première ligne, font leur travail et même du très bon travail.

Mais il est inquiétant d’observer une situation dont on ne voit pas aujourd’hui l’issue. L’aide qui est apportée est une aide d’urgence, et je ne conteste pas qu’ils en ont absolument besoin. En revanche rien ne semble fait pour sortir cette population de l’urgence en éliminant les causes de la situation actuelle.
Nous nous inquiétons pour eux sur le plan matériel mais aussi sur le plan psychologique. Ces hommes et ces femmes ont du tout abandonner au moment de l’arrivée de Daech : beaucoup n’ont aucun vêtement pour l’hiver.
À de rares exceptions près, comme les coiffeurs par exemple, ils ont perdu leur emploi et tournent en rond toute la journée, dans un espace surpeuplé, et dans une situation de dépendance totale.
À l’espoir de rentrer chez eux, se sont substituées la lassitude et la certitude de passer l’hiver en exil à moins de 80 km de chez eux !
Le désespoir guette les déplacés, et avec le désespoir, toutes les malédictions qu’il entraîne : alcoolisme, conflits, violences conjugales, prostitution, etc.

Face à cette situation, nous pensons qu’il faut aider les déplacés qui le souhaitent à rentrer chez eux ou leur permettre de venir en Europe : la pire des situations est celle que l’on connaît aujourd’hui. Nous avons tous en tête ces camps de réfugiés, au Liban, au Kenya, en Jordanie,… qui accueillent de manière provisoire les mêmes familles depuis 10, 20 ou même 40 ans !
Par ailleurs, combien de temps les Kurdes accepteront-ils cette présence massive de déplacés dans leurs villes ?

Il faut aider l’armée irakienne à reconquérir ces villages, parfois à peine défendus.
Il faut les aider à déminer les maisons, les aider à les reconstruire puis à protéger toutes les minorités.
Et surtout, il faudra aider le peuple irakien à vivre à nouveau ensemble, malgré toutes les horreurs qui ont été vécues.

S’il y a un message que nous voulons transmettre aujourd’hui, c’est donc cela : n’abandonnons pas les réfugiés dans leur situation actuelle sous prétexte qu’ils seraient en sécurité. Cette sécurité est illusoire et précaire.
L’indifférence, notre indifférence, serait complice d’un génocide. »

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